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Frères et sœurs : comment obtenir l'armistice ?


Ils se battent, s'insultent et se déchirent.
Selon le pédopsychiatre Marcel Rufo, « la fratrie est une guerre physique, affective, verbale : les petits veulent égaler, voire dépasser, les grands, qui mettent tout en œuvre pour préserver leur suprématie ».
Frères de sang, oui.
Pourvu qu'il ne finisse pas par se répandre...

Etre le premier ou le dernier :
Un premier enfant est vécu comme un premier amour, de ceux qui changent la vie : de conjugale, elle devient familiale.
Le second, face à des parents moins prompts à s'étonner, devra s'imposer en jouant des coudes... Le dernier boucle la fratrie.
Il est un peu le bébé de tous : des parents, qui en profitent encore une dernière fois, des
frères et sœurs, qui jouent bien souvent les grands protecteurs.
C'est aussi une place qu'on lui envie.
Mais à y regarder de plus près, le statut de benjamin n'est pas toujours si aisé à porter.
Difficile, quand on est le petit pour tout le monde, de devenir grand un jour.
L'aîné jalouse ses frères plus jeunes, ces usurpateurs qui lui volent une part de l'affection parentale.
Il est un enfant souvent responsabilisé très tôt, qui découvre l'obligation de partage.
Son agressivité peut être une réponse à la conduite des parents, lorsqu'ils favorisent l'un de ses cadets par rapport à lui.

Rapprocher les grossesses ?
En règle générale, les couples mettent deux à quatre ans avant de programmer leur deuxième enfant.
Pourtant, le tout-petit de 1 an connaît peu les affres de la jalousie.
D'un autre côté, il risque de souffrir du manque de disponibilité de ses parents, à un âge où celle-ci est vitale.
Conjuguer deux, voire trois, grossesses rapprochées n'est pas de tout repos !
Espacer les naissances de deux à quatre ans est évidemment plus confortable.
L'aîné, il faut bien le dire, n'est pas toujours enthousiaste.
Et pour cause : sans avoir eu son mot à dire, le voilà propulsé au rang des « grands », contraint de partager avec un nourrisson le temps et l'affection de papa et maman.

Au centre : les parents :
Dans l'expression d'une violence entre frères et sœurs, il faut chercher... les parents : désir d'attirer toute leur attention, de capter leur temps de présence, de rompre avec les comparaisons malsaines..
Tout enfant veut être sûr que ses parents se soucient de lui, aussi nombreux que soient ses frères et sœurs.
Les plus sensibles tentent d'attirer l'attention à tout prix : pleurs et jérémiades quand ils sont bébés, cris et casse en grandissant, tenue vestimentaire excentrique et « mauvaises fréquentations », devenus adolescents.

L'après-Caïn et Abel :
Trop souvent subsiste la caricature d'une famille où deux enfants se déchirent l'amour parental.
Tel Caïn qui tua son frère Abel.
Caïn et Abel, personnages bibliques, troisième et quatrième êtres humains, fils d'Adam et Eve.
Caïn est le laboureur aux offrandes dédaignées, jaloux du regard favorable porté sur Abel, son frère, le pasteur nomade.
Pourtant, estiment les psychologues, les rivalités constituent de saines émulations.
Pareillement, le désir, notamment celui d'être aimé, représente un formidable moteur dans l'existence.
En revanche, lorsqu'il y a domination de l'un des enfants sur l'autre, lorsque la violence est récurrente, prolongée et répétée sur le même enfant, il faut prêter attention à la domination et à la cruauté qui se dégagent des jeux.
Or, les parents se fatiguent vite de ces disputes, s'énervent et ne peuvent résoudre en toute justice les difficultés familiales.

La règle émise par les parents :
Pourquoi le rôle des parents est-il aussi important ?
Car, dans n'importe quelle communauté humaine, pour que l'existence soit possible, il faut que chacun ait une place qui soit vivable et que chacun soit protégé par des lois et des règles de
comportement.
Il en est de même dans une famille, et la seule autorité qui puisse être efficace en la matière est celle des parents.
Si ceux-ci ne jouent pas ce rôle, les enfants se trouvent plongés dans un univers où règne la « loi de la jungle », où chacun est à la merci d'un plus fort que lui.

Le temps répare les familles meurtries :
Si frères et sœurs se bagarrent enfants, ils deviennent parfois complices à l'adolescence.
« Les enjeux diffèrent, les frères et les sœurs ne sont plus les mêmes en grandissant qu'étant enfants; dès lors, des liens qui étaient jadis déficitaires peuvent se transformer en relations plus affinitaires », dit Evelyne Favart, sociologue de la famille à l'Université de Liège.
« Avec le temps, les fratries deviennent le lieu des souvenirs, celui d'un passé vécu ensemble », conclut Marcel Rufo.

Régine CERFONTAINE

 


 

 

 

 
 
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